Da Abderahmane Benchikh - Poéte Visionnaire

Da Abderahmane U Slimane

Même si la tradition berbère est totalement orale, la Kabylie demeure une terre de légendes et de contes dignes des grandes Cultures Universelles.

Nombreux aujourd'hui sont les auteurs kabyles à vouloir restituer ce patrimoine.

Nous allons suivre le chemin de Taos Amrouche qui était l'une des premières à recueillir, réunir et traduire des contes, poèmes et proverbes kabyles qui ont enchanté et marqué son enfance. Dans ses récits, dont la version fixée dans son  livre "Le grain magique" ou "AAKA HMIMEZ" est celle de sa mère Marguerite Fadma Aït Mansour, le réalisme le plus cru et l'humour y côtoient le fantastique et le merveilleux. 

Elle a été précédée par le chercheur allemand Leo Frobenius qui a pu rédiger en 3 tomes les "contes kabyles" dont voici ci-dessous ce que l'on peut lire sur la préface du 1er tomme :

"Quel bonheur de pouvoir enfin lire ces fameux contes kabyles de Frobenius dans la traduction si attendue des spécialistes et amateurs francophones de littérature orale en contes ! En effet, la somme considérable que représentent les trois gros volumes de Contes kabyles de l'illustre chercheur allemand Leo Frobenius est, depuis presque un siècle à présent, un véritable trésor encore inexploité dans le domaine des études maghrébines où les germanophones sont rares, et demeuré inconnu d'un plus vaste public. Leur traduction apporte aujourd'hui une considérable contribution à la connaissance et à l'étude du patrimoine culturel maghrébin, qui s'est déjà révélé tout spécialement riche en littérature orale" (Camille Lacoste-Dujardin). D'une richesse et d'une diversité supportant parfaitement la comparaison avec les Mille et Une Nuits, les quelque cent cinquante récits recueillis par Frobenius dans les années 1913-1914, désormais accessibles au public francophone, viennent il est vrai combler un énorme vide. Car ils comprennent non seulement des contes merveilleux, mais aussi des mythes, aujourd'hui si rares à retrouver, et des histoires plaisantes ou érotiques fort peu divulguées mais qui témoignent d'une inventivité, d'une liberté et d'un humour tout méditerranéens. D'une vigueur exceptionnelle, servis par une langue savoureuse et des audaces d'expression tout à fait inattendues, ces contes offrent de multiples grilles de lecture qu'ethnologues et folkloristes se réjouiront de décrypter. Expression fondamentale d'une culture, témoignage irremplaçable de la réalité et de l'imaginaire en œuvre dans la société kabyle du début du siècle, ils occupent à n'en pas douter une place de tout premier rang dans le grand édifice de la littérature orale et des légendes universelles. Leur publication en français a reçu le concours du Centre national du Livre

La Kabylie est terre d'artistes, mais surtout de poètes méconnus, en ce sens Da Aberahmane Benchikh appelé communément Da Abderahmane Ouslimane du village d'Aghbala pourrait se révéler non seulement un poète à part entière mais aussi un grand visionnaire et un excellent observateur de sa société.

Da averhamne

Il est de la lignée de Cheikh Mohand ou de Mohand Ou M'hand​

Nous allons tout faire pour recueillir l'ensemble de ses poèmes et le lecteur sera surpris par la profondeur de son verbe, la justesse de ses paroles dont le sens demeure encore d'actualité.

Comme dans toute la Kabylie, il n'a y a pas un village dans la Soummam qui ne possède pas son propre poète voire même des poètes, La commune voisine d'Imellahen a produit Si L'Bachir Amellah (1856-1931) dont un ouvrage consacré à ses poèmes a été publié conjointement par Tassadit Yacine et l’association culturelle tamazight Lbachir Amellah (ACTLA).  Paru aux Éditions Sefraber en France, l’ouvrage tant attendu par les amateurs du verbe kabyle ancien contient un riche répertoire poétique recueilli par un collectif de collaborateurs se nommant Tiwizi Umellah.

La figure singulière de Lbachir Amellah dans la vallée de la Soummam mérite d’être connue car elle est porteuse d’une histoire et d’une mémoire, spécifique certes, à la région mais surtout partie intégrante d’un monde amazigh aujourd’hui morcelé et peu étudié», écrit Tassadit Yacine dans l’introduction du livre.

Il en est de même pour Da Abderhmane OuSlimane. Notre association fera tout pour réussir à collecter ses  poèmes.

Da Abderhmane OuSlimane est né en jugement en 1919, après avoir travaillé au village comme tous les gens du coin, il partit travailler en France pour nourrir les siens. Ceux qui le connaissaient avaient décrit une rencontre avec Slimane Azem après un concert à Paris comme un moment magique pour les deux hommes. En effet Da Abderhmane avait improvisé pour la circonstance un long poème dans lequel il avait rendu hommage à l'artiste. Slimane Azem émerveillé par la profondeur du texte avait demandé au premier de le repeter, chose que Da Abderhmane ne pouvait faire car une fois le pôème sorti, il était incapable de le refaire. 

Slimane Azem avait supplié Da Abderhmane de le suivre pour travailler ensemble. Mais à sa grande surprise, ce dernier avait refusé.   Hélas !

Da Abderhmane nous a quitté le mois de Février 1982 à l'âge de 63 ans

Quelques Poèmes

 

Poèmes sur l'immigration et les effets de celle-ci sur la société, sur la détérioration de la tradition kabyle : surtout le départ des hommes laissant derrière eux les terres des ancêtres. Les femmes se retrouvent seules avec les enfants.

Il faut quitter sa famille pour la nourrir, déserter sa maison pour la "remplir", abandonner ses champs et ses  terroirs pour vivre  !!! 

L'absence de l'autorité, la facilité et le désarroi deviennent maître-mot et la routine s'installe chez ces familles.

Da Abderhmane tente d'analyser cette situation 

An Tvaa Lmina d l'uzine

Anadj Thizmrine

Ayrour ath n'r iwagzam

Anarz boufrah tichouyin

Adnagh thouxbizine

Thimzine ouarants iwefran

Aka iyibghants thilawine

Thithak our nsaa dine

Adjants ivardane axlan.

 

Poèmes sur l'indépendance de l'Algérie et le départ des pieds-noirs : Da Abderrahmane pleure le départ du Savoir-Faire des Français et avait prédit  des jours difficiles pour l'Algérie indépendante. Terreau des opportunistes de tout genre, des manouvres mal saines et  des calculs politiciens. Adieu la rigueur et le bon sens.

Les terres des montagnes, les plaines fertiles deviennent désolation, mêmes les sources d’eau se dessèchent.

 Et tout cela en dépit de la joie et de la liesse populaire du moment, liées à la décolonisation. Le regard de Da Abderrahmane se tourne vers la réalité et voit déjà  l’avenir sombre qui attend ses compatriotes.

Mi Thfagh Franca,

Chthan farhan yimdanen

Djanaghd akourfa yeghleb thimzine d'yirdhan

Thamourth thnoughna, ischah wakal di issafen

Ayen ak in'mena,wints thidsen mi rouhan.

D'après nos recherches, le patrimoine de Da Abderhamane est gardé par ces quelques personnes du village et qui ont appris différents poèmes ainsi que les situations qui étaient à l'origine de ces poèmes. 

Ils s'agit particulièrement de :

  • Boubeker Chiter
  • Abdellah Machter (que vous voyez sur la vidéo ci-dessous)
  • Abdelhak Mezaber
  • Mahfout Sebaa
  • Hamou Mezaber

Il parait aussi que Lhaouche  L'hacene avait constitué une cassette audio, où il enrigistrait toutes ses rencontres avec Da Abderahmane lors de ses passages à Tajmait N'Bouzid, En effet, l'épicerie de Da Mohand Akli Aidli était l'un des lieux les plus fréquentés au sein de notre village, les habitants de toute la commune venaient faire leurs courses. C'était un lieu où vivait et respirait la Démocratie kabyle, un lieu de débats entre nos anciens.

Leur grande  intelligence est aujourd'hui payante : en nous laissant, nous les petits "gamains" que nous étions assister à ces moments magiques d'échanges à Tajmaath, ils nous ont permis d'apprendre, de grandir, et par dessus tout de ne pas oublier nos racines. Cest grâce à eux que nous sommes aujourd'hui ce que nous sommes, c'est à dire des kabyles toujours tolérants, ouverts au monde, aimant le travail, les bonnes valeurs, le respect de soi et des autres, attentifs à la détresse de ses voisins, ... Bref, l'école de nos ancêtres n'a pas d'égal. Cette école nous a appris que le bonheur de chacun passe par celui des autres.

Pour tout cela nous demandons à toutes ces personnes citées plus haut de nous aider à récuperer les poèmes de Da Abderahmane, à les écrire et nous les envoyer. N'est ce pas là le meilleur hommage que l'on puisse faire à ce grand poète : le faire connaître par ses paroles. 

 

Merci a Kamel Ouidir et Abdellah Ouyahia (Machter) pour ce moment intense sur notre poète disparu!

Commentaires (1)

Ouidir kamel
  • 1. Ouidir kamel | 06/02/2018
C'est magnifique!!! Rien que de faire connaitre aux amis et aux enfants du village ce poète dont le don de ciseler les mot est indéniable.

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